Métaphore

Il fait froid dehors

Une bonne année ! (c'était une...)

Janvier, l’heure des bilans… Bon, de justesse, d’accord. Et je ne suis pas super branché bilans, mais il faut avouer que 2020, c’était quelque-chose de particulier.

Ça a été n’importe-quoi.

Et ça a été ma meilleure année.

Je ne vais pas forcément le crier sur les toits (sauf bien sûr que je suis en train de le faire, mais nous sommes ici sur un toit où il y a peu de passage), parce que je me rends bien compte que pour beaucoup de gens, pour la plupart des gens sans doute, c’est une année dont l’échelle de notation va de “pas top” à “complètement pourrie”. Et je ne voudrais pas qu’on aille lire une rodomontade dans mes “moi, ça va”.

Je me souviens du mois de mars : le 07, Coloc partait et s’installait dans son nouveau chez-lui. Le jeudi 12, après une semaine où ça commençait à vraiment pas mal parler du virus, nous nous sommes levés insouciants, mais quand le soir nous sommes allés comme à notre habitude boire un coup et manger une frite ça s’était emballé et tout le monde commençait à être vraiment inquiet. Le lendemain, mes collègues et moi avons commencé à nous demander ce qui allait se passer. Le lundi suivant, nous n’avions vraiment plus envie de travailler sur place comme si de rien n’était. Notre chef de service faisait de la résistance, mais je bosse dans une très grosse institution qui n’a pas envie de voir son nom dans les journaux pour de mauvaises raisons : ce soir-là; nous recevions tous un message pour nous demander de travailler à distance à partir du lendemain.

Je suis retourné au bureau trois fois depuis : une fois pour aller chercher mes plantes, les autres pour aller chercher du matériel. Depuis le 18 mars, je suis en télétravail à 100%. Il a fallu quelque temps pour faire ça de manière efficace. Nous avons eu la chance d’être dans une structure qui prenait déjà en compte le travail à distance, même si la mise à l’échelle n’a pas été immédiate (bien que ça racle encore un peu ici ou là, dans l’ensemble, ça tient la route).  Voilà donc que je me retrouvais à vivre seul, à ne plus voir mes collègues, et à abandonner l’idée de vie sociale à l’extérieur, puisqu’il était fortement déconseillé de sortir de chez soi.

Un rêve, pour un autiste.

De justesse au niveau du timing, il y a eu le départ de Coloc. J’adore ce garçon, mais nous fonctionnons de manière complètement différente, et ce qui était enrichissant lorsque nous vivions une vie normale aurait pu devenir invivable en étant enfermés 24/24 l’un avec l’autre (nous sommes tous les deux totalement d’accord sur ce point). Je me suis donc retrouvé à pouvoir enfin décompresser après un an et demi de vie commune, et à réinvestir un appartement que j’adore, puisque quand nous vivions ensemble, j’avais tendance à rester énormément enfermé dans ma chambre. Réinvestir à plusieurs niveaux puisqu’il a laissé une moitié de bibliothèque vide et un pièce déserte. Ça a été l’occasion, sur plusieurs mois, de m’occuper des petits détails, changer les quelques meubles qui ne me plaisaient pas plus que ça, et réfléchir à faire un bureau/chambre d’amis de la pièce vide (qui est restée vide longtemps parce que je n’avais pas l’idée qui aurait fait tilt, et ma chambre/salle de jeu/sale vidéo m’allait très bien).

Et puis il y a eu un relâchement entre deux confinements cet été. J’ai revu la famille, j’ai revu des potes pas vus ensemble depuis longtemps, il y a eu des engueulades (honnêtement, j’ai de très loin l’essentiel des torts), et, en plein milieu d’une année où tout le monde est resté enfermé, et où ça a brisé tant de couples, j’ai une amoureuse.

J’ai passé l’âge où je donnais ici le moindre détail intime. Notons juste que nous nous connaissons depuis plus de quinze ans et avons toujours eu une connexion particulière, mais qu’il puisse se passer quelque-chose entre nous n’était tellement pas une option que ça ne nous a jamais traversé l’esprit. Et puis il y a eu des cheminements personnels qui ont fait que les raisons pour lesquelles ce n’était pas une option étaient en train de doucement mais sûrement partir dans un mur. Même là, avoir ensemble une relation était difficilement envisageable, mais les explosions autour de nous (ok, notre faute, mais vraiment, ce n’était pas l’idée) ont fait que. C’est fascinant d’entamer une relation avec quinze ans de complicité derrière. La partie “apprendre à se connaître” existe toujours, mais est vraiment différente ce tout ce qu’il peut y avoir dans mon expérience.  Et nous sommes étrangement compatibles dans nos bizarreries, tant superficielles que profondes. Elle est cultivée, curieuse, brillante, a le cerveau qui saute d’une idée à l’autre en résonance avec le mien, et je n’ai jamais rencontré personne qui comprenne et gère aussi bien mes “spécificités” autistiques. Les situations personnelles, y-compris un éloignement géographique (pas trop, mais il y a une frontière), font que dans la situation globale, rien n’est évident; mais beaucoup de choses sont top, nous nous correspondons vraiment pas mal (une ex à moi qui l’avait rencontrée m’a dit “je ne comprends pas pourquoi ça n’est pas arrivée avant”). Et puis nous sommes repartis en confinement, retour à la maison, retour à la vie peinarde. À l’heure actuelle, l’endroit où je bosse envisage doucement un retour à temps partiel dans les bureaux pour l’automne, mais bon faut voir, on ne va pas se presser non plus, hein. Et moi, je le vis toujours bien. Et j’en ai parfois mauvaise conscience : je vois bien autour de moi, parmi ma famille, mes amis, les connaissances sur Internet, que la situation peut être vraiment difficile pour beaucoup. Il y a pas mal de mes connaissances (et par déduction, j’imagine que c’est la même chose globalement) qui sont à la limite de la dépression, qui n’en peuvent plus, et n’ont qu’un rêve : se retrouver tous ensemble collés les uns contre les autres, à se faire la bise comme si demain n’existait pas ! Je compatis. Plus que ça, je m’en inquiète pas mal, je vois les gens à la limite du craquage. Pendant que moi, j’ai l’impression depuis un an de vivre enfin dans un monde qui me correspond. Croyez-moi, je comprend votre difficulté et votre frustration : c’est ce que j’ai ressenti toute ma vie dans votre monde à vous. Alors j’espère pour vous que les choses vont avancer dans le bon sens bientôt. Mais je dois avouer que parfois, je me dis en regardant la difficulté que vous avez pour vivre dans mon monde moins d’un an, je me demande comment ça se passerait si les choses étaient inversées et que vous deviez comme moi vivre des décennies dans un monde qui n’est pas fait pour vous et qui a envers vous des attentes qui vous agressent.

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