Dans la version de Peter Jackson, on retrouve ce soin là : écouter les différentes races parler est jouissif, et très Anglais - avec une majuscule parce que je parle du pays, pas de la langue – entre les hobbits, anglais ruraux, les elfes, irlandais, les (bon, un seul, soit) nains écossais ( et pas simili-russes comme en VF !) on peut détailler toutes sortes d'accents, d'ailleurs, même les personnages qui n'ont pas d'accent flagrant (genre, euh... Aragorn ?) ont à cœur d'avoir une diction parfaite... On peut aussi, mais là c'est plus facile puisque directement tiré du bouquin, se délecter des tournures de phrases délicieusement alambiquées, et ça, c'est encore une fois tristement raté en VF[1] J'aime ce film rien que pour le plaisir de mon oreille.

Remarquez, ne soyons pas snobs, j'ai des plaisirs linguistiques en français aussi, plein même : je suis entre autre admirateur absolu de la précision métronomique et de la multitude d'images du verbe de Brassens (et que je retrouve parfois chez La Tordue, si, si, vérifiez !), de l'invention continue des néologismes de Brel, des jeux torturés et hurlants de drôlerie de Boby Lapointe. Rien que du classique d'ailleurs.

Et puis, piqué un peu au pif dans mes lectures du moment, ce somptueux Une jeune femme (créature d'aspect physique fort séduisant, nous ne cherchons pas à le nier, mais de rudimentaire culture mondaine et de colloque trivial) dû à la plume d'Alphonse Allais, là où d'autres tâcherons (moi par exemple) eussent parlé simplement d'une ravissante idiote (pour ne pas dire Bonne, mais conne.) Et surtout, surtout ... Les Fleurs du Mal, de Baudelaire, qui ne se devraient lire qu'à voix haute, tant le plaisir en bouche est grand. Un vers de Baudelaire, c'est beau, c'est carré, c'est évocateur, ce n'est pas toujours très léger, surtout à l'écrit, mais si vous le dites, ah ! Si vous les dites... On dirait que le langue française n'a été inventée que pour arriver là. Oui, il est maints autres poëtes (sic), et on peut leur trouver force qualités et passionnants attraits, mais des vers de Baudelaire, merde, ça, c'est quelque chose !

Et tiens, puisque je suis là, un petit texte que j'aime bien, c'est une chanson de mon camarade Martin, qu'il avait en cours depuis longtemps et qu'il a trouvé prétexte à terminer il y a peu. J'aime particulièrement la formulation des deux derniers vers de chacun de couplets principaux...

La digestion est lente et difficile
Le pape est mort, et l'énergie fossile.
La vie est douce, et l'esclave docile,
Qui berce mon hamac en clignant des sourcils...

Faites gonfler ma vessie natatoire
Le pape est mort, et la matière noire
la vie est belle, et l'esclave barbare,
qui peigne mes cheveux et remplit la baignoire...

La pape est mort...
Il ne viendra plus faire le pitre
À la fenêtre avec sa mitre,
Le pape est mort...
Il est tout seul dans son linceul,
Il est tout pâle dans son linge sale.
Le pape est mort...
Et moi je reste mitigé
Face à son sourire figé.
Le pape est mort...
Il faut embaumer ce mec là,
Pour qu'il conserve son éclat.
Le pape est mort...


Le teint cireux, les yeux clos il repose,
On le dirait victime d'overdose.
La vie est courte, et l'esclave morose
Qui pave mon trottoir de pétales de roses...

Le chef parti, qui dirige l'orchestre ?
Le pape est mort, et l'attraction terrestre !
La vie est douce, et l'esclave enchaînée
Qui cire mes chaussures au petit déjeuner...


On le dirait meurtri par un gaz urticant
Et dans les caves, et dans les caves du Vatican,
Il y a des cross-country, on dans' le French-Cancan,
On joue le la batt'rie avec des mohicans.
On tap' sur des poteries, on boit d'la Pélican,
Tout le monde se pétrit, ça donne du piquant !


Le pape est mort, le pape est mort, le pape est mort !
Le pape est mort, le pape est mort, le pape est mort !
Le pape est mort, le pape est mort, le pape est mort ...

Si ça vous a plus, je vous invite grandement à l'aller découvrir en musique à http://margranger.free.fr/pape.htm ...

Notes

[1] And where the other four are, that I do not know..., c'est joli, surtout sorti avec un accent perlé de la jolie bouche de Liv Tyler, alors que et où sont les quatre autres, cela je ne le sais pas avec un accent pratiquement parisien, c'est ridicule.