Métaphore

(il fait froid dehors)

Il fait beau, il fait froid, et je marche

ah ben merde, un des musées qui m’intéressent le plus est dans la rue derrière là où je dors…
Wednesday, 16 december, 2009 10:26

KATZ'S Delicatessen

J’ai découvert hier l’existence du Tenement Museum, dédié aux appartements insalubres dans lesquels s’entassaient au XIXème et au début du XXème siècles les immigrants pauvres, et donc par ricochets aux immigrants eux-mêmes. J’ai découvert en même temps qu’il se situait à deux rues de là où je suis installé. Comme on est en plein dans ce qui m’intéresse, je décide d’y aller dès aujourd’hui, mais bon, pour le moment, c’est fermé.

Je vais donc commencer la journée par une promenade dans le quartier. Ici, c’est Lower East Side, nous sommes à deux pas de Chinatown, deux rues de ce qu’il reste de Little Italy (peu, les chinois prennent de la place) et à peu près en plein milieu de ce qui fut à une époque Kleine Deutschland. En résumé, nous sommes au cœur de la zone où s’entassaient pèle-mêle et sans le sou à peu près toutes les nationalités. Il en reste un quartier dont le côté cosmopolite est difficile à battre, et du coup un endroit extrêmement vivant.

Stairs

Ici, je vais trouver un camion d’éboueurs rose, une statue de Lénine sur le toit d’un immeuble, un préposé à la circulation à la sortie d’un parking agitant un drapeau rouge avec ladite statue dans le fond, un petit coin de France à l’angle d’une rue, des enseignes allemandes, juives, chinoises ou à peu près de n’importe quelle origine imaginable, surtout un New York complètement différent des beaux quartiers qu’on trouve régulièrement sur les images immobiles et animées qu’on en voit régulièrement. Le New York qui me donne l’impression d’être chez moi.

J’ai passé la matinée à me balader dans le Lower East Side. C’est fascinant à quel point je me sens bien. #heureux
Wednesday, 16 december, 2009 10:53

Le French Diner

Le musée ne fonctionne que par visites guidées. J’ai pris mon billet, mais en attendant qu’il soit l’heure d’y aller, je déambule encore un peu dans les rues, un café géant à la main, et le sourire au lèvres. Je continue, comme depuis mon arrivée, à me sentir bien, à me sentir à ma place dans cet environnement, parmi ces gens qui vaquent, ceux avec qui j’échange quelques mots, plongé dans la réalité de ce que je n’ai fréquenté que par bouquins interposés ces derniers temps. Je me répète, mais c’est parce que mon ressenti se répète : je me sens heureux.

Je ne vais pas vous raconter la visite ensuite du musée, simplement vous dire que c’est assez fascinant de visiter ce qu’on n’a vu jusque là que par des photos du XIXème siècle, le manque d’hygiène, de place, de lumière, de sécurité est tellement monstrueux qu’il est même difficile d’imaginer comment des familles entières ont pu tenir dans des clapiers pareils. On imagine parfaitement par contre pourquoi la mortalité, surtout la mortalité infantile était aussi élevée. La visite en tous cas était réellement éclairante et un petit moment où je n’ai pas eu besoin d’imaginer pour ressentir ce qu’était la vie dans le coin il y 100 ou 150 ans. Nan mais allez-y, quoi.

Gifts for poetry lovers

Je retourne ensuite à Chinatown, et sur la route je découvre avec surprise une librairie que je m’étais promis de chercher (il y a un livre que je voudrais acheter que j’étais sûr de trouver ici.) En y passant un certain temps et en repensant au Barnes & Nobles d’hier, je me dis que parfois, la vieille Europe aurait des leçons à prendre : on n’a pas seulement envie ici d’acheter tous les bouquins (qui sont tous beaux) mais on a simplement envie de rester (oui, d’accord, le café à l’intérieur de la librairie joue.)

Petit resto à Chinatown : que la civilisation du riz aie choisi les baguettes, c’est une négation de la théorie de l’évolution. (mais miam.)
Wednesday, 16 december, 2009 14:09

Keep this place clean

L’impression que la ville est beaucoup plus petite qu’on ne pourrait se l’imaginer est renforcée un peu plus tard quand je tombe sur un bâtiment[1] et une rue déjà photographiés il y a quelques années (pour info : ils ont remis la signalisation à l’endroit.) Ah tiens, cette rue est bien chinoise et j’ai faim, il y a un endroit où je pourrais manger ? Ah tiens oui… Mon Dieu, tout ça ? Mon Dieu, pour aussi peu ? Mon Dieu, mais c’est bon ! Ah merde, j’aime bien ce patelin, quand même.

Et pour terminer sur la série Oh comme cette ville est petite, en allant prendre le métro, je retombe sur la rue et la station d’hier soir, en arrivant pourtant complètement de l’autre côté. J’avais gardé certaines images de mon séjour il y a quelques années, mais j’ai l’impression de commencer à recoller les morceaux ensemble, comme ça a pu m’arriver à force de déambuler dans Paris il y a longtemps : à force de déambuler à pied de quartier en quartier, on finit par avoir une vue d’ensemble qu’on n’a pas en regardant les cartes, justement en recollant les “frontières” bout à bout.

God loves you

L’étape suivante me fait passer par Harlem, où l’ambiance est différente ; aussi populaire, mais visiblement moins branchée, j’ai même un instant serré un peu plus fort mon appareil photo, et puis je m’en suis voulu aussitôt : après tout, si j’avais peur de l’inconnu, je n’avais qu’à éviter de venir à des milliers de kilomètres de chez moi.

Nice mice

Si je suis dans le coin, c’est que j’ai à faire tout au bout du Museum Mile : je viens voir le Museum of the City of New York, le genre de musée dont je n’ai découvert l’existence qu’après mon retour la dernière fois et une des raisons principales pour lesquelles je voulais revenir. Il est heureux cependant qu’il y ait tant de choses à faire et à voir à New York, parce que ce musée attendu depuis des années est une petite déception : il n’y a pas grand-chose. Les collections présentées sont vues très vite, en à peine deux ou trois salles, et les expos temporaires ne sont inintéressantes, mais il n’y a rien non plus de transcendant.

East Meadow

Je ne regrette pourtant pas d’être venu, ne serait-ce que pour deux choses : d’abord une maquette de la Nouvelle Amsterdam, faite à partir de ce qu’on appelle le Castello Plan, qui est le plus détaillé de tous les plans de la ville primitive, montrant tous les bâtiments, un bijou que je vénère et que je suis estomaqué de voir ici si magnifiquement rendu en volume. J’ai vraiment réfléchi à une façon de le ramener chez moi, mais ses deux mètres de long l’auraient rendu difficile à cacher dans mes poches en sortant.

L’autre chose que j’ai appréciée était un film sur l’histoire de la ville : une demie-heure d’illustration extrêmement bien choisies et bien présentées, assortie d’une explication didactique sur la façon dont un avant poste de trappeurs est devenu en moins de 400 ans une des capitales culturelles du monde. En plus d’apprécier le film en lui-même, j’ai ressenti une petite fierté en réalisant que je connaissais à force de me documenter sur le sujet la majeure partie de l’iconographie déployée, et que le commentaire ne m’apprenait rien que je ne sache déjà. Bien sûr, je n’étais pas parvenu à trier par pertinence les informations des guides touristiques, mais visiblement, j’étais arrivé à une certaine connaissance de l’histoire de la ville, qui est un domaine qui m’intéresse beaucoup plus.

Shadows

M’apperÇois à Central Park que quand on part tout seul, on parle tout seul …
Wednesday, 16 december, 2009 16:33

En sortant, je suis au niveau de la 104ème rue, en face d’une partie de Central Park que je n’ai jamais vue. Je m’y engage donc pour découvrir, me disant que je n’avais qu’à descendre vers le sud jusqu’à ce que j’en aie marre de marcher. La nuit tombe alors que je suis en train de contourner le réservoir, cet espèce de grand lac en plein milieu du parc, visible dans à peu près tous les films qui se passent à New York dès que le héros a des envies de jogging, et qui a servi à la distribution d’eau de la ville jusqu’en 1993. Le réservoir, la skyline, le crépuscule, tout ça mélangé me fait user la carte de mon appareil photo, ça s’annonce déjà dur à trier.

Dusk in the Park

Ça n’est que mon deuxième jour sur place, mais je suis déjà en train de revoir mes notions d’échelle. J’avais en tête, allez savoir pourquoi, qu’il fallait, pour parcourir Central Park dans toute sa hauteur, prévoir une demie journée. Ah non, tiens, ça fait quatre kilomètres, en une heure, c’est fait, et après être rentré dans le parc de jour, la nuit est noire quand j’arrive sur Grand Army Plaza.

The Mall

Cleopatra's Needle

Puisque je suis là, je vais visiter l’Apple Store de l’endroit, qui a réussi à avoir une adresse sur la cinquième sans avoir à racheter d’immeuble, simplement en s’installant en sous-sol, il n’y a au niveau du sol que l’entrée, un gros cube de verre design. L’endroit est noir de monde, ce qui n’est guère étonnant à quelques jours de Noël. Moi, je tripote longuement un iPod Touch : je n’ai pas envie d’un iPhone, je n’aime pas leur méthodes commerciales, mais mon côté geek a tout de même envie de connaître ce côté sombre de la force, si séduisant. Voilà pourquoi, lors de mes préparatifs pour le voyage, il m’est venu à l’idée de peut-être profiter du taux de change avantageux pour me faire un petit cadeau. N’empêche, j’ai du mal ; tant pis, je m’en vais, j’ai encore du temps pour y réfléchir.

Almost out of the Park

Juste à côté, je vais ensuite faire un tour à FAO Schwarz, le magasin de jouets voisin[2], dont on dit ici ou là qu’il est le plus grand du monde. Je ne sais pas si c’est le plus grand, mais oui, c’est grand ; rien que s’y promener sans s’intéresser réellement aux jouets prend un certain temps, entre le piano géant ou par exemple un Chewbacca grandeur nature, mais en Lego. Sinon, c’est inchangé depuis la dernière fois, et j’ai vraiment l’impression d’être venu quinze jours avant.

looking on Bethesda Terrace

bon, samedi, je vais voir Hair sur Broadway.
wednesday, 16 december, 2009 18:59

Allez, on va descendre un peu la cinquième, voir les vitrines de Noëls, les lumières, les Jingle Bells et les White Christmas qui résonnent. Je vous redis que je me sens bien ? Je me sens bien. Je descend jusqu’à la 48ème et je tourne pour aller voir le Rockfeller Center. J’aurais du tourner une rue ou deux plus tôt, parce que là, pas moyen de trouver cette fameuse patinoire. Arrivé sur la 6ème, pris d’une soudaine inspiration, je continue tout droit, jusqu’à Times Square, et puis encore un peu tout droit, pour arriver jusqu’au Al Hirschfeld Theatre : j’avais fait avant de partir une courte liste de spectacles que j’avais éventuellement envie de voir sur Broadway, et ça y est, je suis décidé, je prends ma place pour aller voir Hair samedi. Bon, ça sera au fond du deuxième balcon derrière un pilier, mais je m’en fous, l’important, c’est de participer.

Woolman Rink

Dehors, on se le pèle un peu, mais il ne sera pas dit que je n’ai pas trouvé cette satanée patinoire, retour alors vers le Rockfeller Center où à force de tourner, je finis par me retrouver dans un autre décor de film : cette patinoire, je l’ai vue je ne sais combien de fois sur les écrans. Si le film se passe à New York et en hiver, forcément, à un moment, on va patiner au Rockfeller center.

Bon, dans, les films, c’est facile, mais après tout, à la télé, quand on veut se garer à New York, on trouve une place tout de suite, on n’est pas à un peu de science-fiction près. Ici, je vais regarder une patinoire vide pendant quelques dizaines de minutes, avant qu’enfin la machine ait terminé de reconstituer la glace. J’ai beau rester un peu ensuite pour regarder les gens s’amuser, j’aurai plus vu cette patinoire vide que pleine.

Christmas decoration

temps magnifique, pas de nuages pour bloquer la chaleur du soleil. pas de nuages pour bloquer la remontée d’icelle. je suis Maurice Herzog.
wednesday, 16 decembre, 2009 22:36

Rockfeller trees

Il commence à se faire tard, et surtout il commence à se faire faim. Puisque je ne suis pas loin de Times Square, j’y retourne une fois de plus. J’ai repéré un certain nombre de magasins de musique à visiter, et un autre salad bar qui me faisait de l’œil. J’aurais du y regarder un peu mieux avant d’entrer ; il y avait certes un gros panneau indiquant qu’ils avaient une salle à l’étage pour manger sur place, mais ce n’est qu’après avoir payé que j’ai remarquée qu’elle était fermée. Me voilà donc installé sur une des tables de Times Square, en train de me régaler, certes. En train d’être content d’être là, re-certes. Mais aussi en train de me cailler les miches comme ce n’est pas permis : j’ai passé la semaine avant mon départ à regarder les prévisions météo parce que je rêve de voir New York sous la neige. Croyez-moi, là, il fait bien trop froid pour qu’il neige. Le vent aidant, on est plutôt vers les -15°C en température ressentie[3] et je ne suis pas sûr d’arriver au bout de mon repas sans perdre de doigts.

j’ai les cuisses toutes irritées du frottement de mon jean. 12h de marche par jour, je ne sais pas combien de temps je vais tenir…
wednesday, 16 december, 2009 23:54

Demain, il va vraiment falloir que j’aille acheter un jean : après 24h de marche en deux jours et vu le froid, les coutures de celui que j’ai sur moi frottent un peu trop sur mes cuisses irritées par le froid. Si je veux tenir jusqu’au bout, il me faut quelque-chose de plus confortable.

Rockfeller Rink

Après un bref tour autour du City Hall, à découvrir le concept des stations de métro qui portent le même nom et sont pratiquement au même endroit mais ne communiquent pas, je suis de retour à la maison et je passerai la fin de la soirée à discuter avec Alan, un irlando-écossais qui est mon voisin de chambrée depuis hier soir. Il est d’autant plus facile de comparer nos expérience que nous semblons aller voir les même choses presque dans le même ordre. J’ai beaucoup hésité entre l’hôtel, qui me laissait toute ma liberté et mon intimité, et l’auberge de jeunesse, qui me permettait de rencontrer des gens. Je me félicite vraiment de n’avoir pas choisi l’hôtel.

Note : ces photos sont disponibles en album (et sur Flickr.)

Notes

[1] Ancien siège de la police, maintenant transformé en résidence de luxe : ah oui, là où habitait Michèle Pfeiffer, m’explique-t-on.

[2] Où j’étais déjà allé en 2003 et dont j’apprends en tapant ce compte-rendu qu’il avait fermé pour faillite quelques mois plus tard.

[3] D’accord, c’est de la frime, en vraie température, on a presque dix degrés de plus.

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