Heureusement, Arnaud était là. Arnaud, c'est le bassiste des Dentelles Nerveuses, et le fier propriétaire d'une Fender Precision des années 70 absolument magnifique. J'avais eu l'occasion de le féliciter sur sa basse, et il a été assez sympa pour me la prêter pour assurer notre concert. Ça peut paraître bête à vous, les non musiciens, mais une gratte, c'est pratiquement aussi personnel qu'une brosse à dents. Enfin, plus ou moins, ça dépend des gens, ça dépend des instruments, mais quand on a vu Arnaud aller fumer sa clope en serrant sa basse alors que les autres instruments du groupe étaient remisés en coulisses, on a compris qu'il y tenait beaucoup, c'est d'autant plus sympa de sa part.

Alors nous avons joué. Et bordel de merde, ça va me manquer ! Nous avions une super salle, un super scène, un super son, et nous nous sommes éclatés comme rarement. Je n'ai pas encore entendu les enregistrement, mais si je sais qu'il y a eu un ou deux passages peut-être un peu flottants, nous avons quand même fait un de nos tout meilleurs concerts. Des morceaux qui durent normalement vingt minutes en ont facilement pris dix de plus. Nous savions qu'il n'y avait rien d'autre à faire que de prendre du plaisir et c'est ce que nous avons fait. Le dernier morceau, une impro, ne voulait pas se terminer.

Ça va me manquer.

Et pour moi, il y avait quelque chose de plus : mon père est venu nous voir. Je crois que c'était la première fois en au moins cinq ou six ans non seulement que je le voyais seul, mais aussi qu'il se déplaçait pour me voir. C'est énorme et important.