vendredi 23 décembre 2005
Grand-Père Arthur et Grand-Père Raymond
Grand-Père Arthur, je ne l'ai pas connu, il est mort avant même le mariage de mes parents. Mais c'était un grand bonhomme : Le genre de patriarche qui fait taire toutes les conversations en ouvrant la bouche, personne jamais n'avait l'idée saugrenue de le contredire, personne de mentalement sain en tous cas. Dans la famille, c'était encore plus flagrant : c'était lui le centre, tout lui tournait autour... Sa femme elle même trouvait tout à fait naturel qu'une épouse soit entièrement soumise à son mari. Dans les mois qui ont précédé sa mort, alors qu'il était très malade, c'était encore lui qui faisait la pluie et le beau temps.
Dans sa vie, il avait été cheminot, mais surtout, il avait été haut placé dans Résistance Fer, une des très gros réseau de la résistance lors de la seconde guerre mondiale. Lui et ses frères ont d'ailleurs plus d'une fois été emprisonnés, condamnés à mort et évadés. C'était des têtes brûlées : le genre à aller engueuler les soldats allemands qui pissaient sur le mur de la ferme où, condamnés à mort donc, ils se cachaient. Le genre aussi, à la libération, à aller planter le drapeau français en haut des monuments tandis que sifflaient encore autour d'eux les balles allemandes, le genre à venir faire un enfant à sa femme, pourtant surveillée.
Du coup, il est parti comme il a vécu : très entouré. Lors des funérailles, il y avait des délégations dans tous les coins, des drapeaux à ne plus savoir qu'en faire, des officiels plus qu'il n'en faut et surtout pas assez de place dans l'église, ça débordait jusqu'à l'extérieur. Quand on décède avec un fils à peine plus qu'adolescent, voilà de quoi projeter sur lui une ombre plus grande encore mort que vivant.
Et puis il y avait Grand-Père Raymond, que j'ai connu un peu, pendant les dix première années de ma vie (celles dont malheureusement je garde peu de souvenirs.) Grand-Père Raymond, il était cafetier. Il avait quitté l'école très tôt et s'était marié sur la tard avec une femme plus jeune qui n'était pas exactement une épouse soumise, il avait tendance à laisser faire... Pendant la guerre, il n'a pas résisté lui, si on lui avait demandé son avis, on aurait tout arrêté : se battre, c'est nul. Mais on ne lui a pas demandé, alors il a laissé faire... Ça ne devait pas être le mauvais bougre : à la libération, dans son café, on retrouvait facilement l'une ou l'autre des rédactions des journaux de résistance clandestins. Mais lui n'avait pas participé, non... Lui, il avait même fait un truc bizarre : Quand son petit frère a été désigné pour le STO, il s'est porté volontaire pour l'accompagner, pour qu'il ne soit pas tout seul.
Grand-Père Raymond foutait la paix à tout le monde, il était mieux chez lui, avec ses bouquins... Moi, mon troisième prénom, c'est Arthur. C'est pas mal, mais je crois que Raymond, ça m'aurait plus ressemblé.

Commentaires
1. Par Martin, le 23/12/2005 à 21:46
2. Par Ligue anti-SMS, le 02/01/2006 à 05:23
3. Par charlotte, le 02/01/2006 à 18:23
4. Par nass, le 07/01/2006 à 04:23
5. Par martin, le 11/01/2006 à 00:45
6. Par Kozlika, le 11/01/2006 à 06:00
7. Par xave, le 12/01/2006 à 10:27